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Syrie - Une goutte d'eau dans un océan de besoins

VICTIMES. Alors que la Syrie fait la une des médias depuis maintenant 2 ans, des millions de personnes vivant dans les régions non contrôlées par le gouvernement ont un besoin vital d’aide humanitaire. C’est dans une de ces zones du Nord de la Syrie, dont nous ne pourrons pas dévoiler le nom pour des raisons de sécurité, que SOLIDARITÉS INTERNATIONAL a décidé, avec ses moyens, d’intervenir pour venir en aide aux familles les plus vulnérables, notamment celles qui ont dû fuir les combats. Carcasses de tanks, bâtiments détruits, impacts de balles, d’obus… Si la zone a été désertée par les troupes gouvernementales il y a déjà près d’un an, elle porte toujours les stigmates d’une guerre qui se rappelle au souvenir de la population à coups de raids aériens sporadiques ou de bombardement aveugles tirés d’une base militaire voisine. Mais les traces les plus profondes du conflit, il faut les chercher ailleurs : dans les foyers, au sein des familles qui ont perdu leurs proches, leur toit, leur travail, leurs revenus et qui n’ont d’autre échappatoire que de survivre ici.

Dans une bâtisse aux murs tapissés de suie, dont la devanture indique qu’elle abritait autrefois le bureau local du Baas, le parti au pouvoir chassé de cette ville l’été dernier, une dizaine de paires de chaussures usées sont proprement alignées sur les quatre marches restantes d’un escalier en ruine. Elles appartiennent à la famille de Sobhi Brahim, 53 ans, réfugié avec les siens dans cette maison partiellement brûlée, à l’étage manquant. Ici et là des seaux en plastiques. Dans la salle de bain sans éclairage, un savon. Dans la pièce du fond, un enfant joue sur une grande natte en plastique au coin de laquelle trône un sac où sont entassés les maigres effets des nouveaux occupants.

‘’C’est là que nous dormons et que nous mangeons, indique Sobhi, vêtu d’une veste de style militaire que lui a fourni le comité d’aide locale à son arrivée. Je vis ici avec mon épouse, mes enfants et mes petits-enfants. Nous sommes 15 en tout. Nous avons fui Alep où j’étais chauffeur de taxi. Vivre dans notre quartier était devenu impossible, à cause des combats, des militaires. Et puis ma maison a été détruite. Ne sachant où aller, j’ai emmené ma famille dans le village où j’ai grandi, même si je n’y ai plus aucun proche. Nous n’avons aujourd’hui aucun autre choix que de rester ici. Il n’y a pas d’électricité. L’eau ne nous parvient qu’une seule fois par semaine, grâce à la taxe récupérée par la municipalité sur la vente de pain. Mais au moins, nous sommes en sécurité. Le front est loin. Les avions ne passent plus comme avant. Notre problème, c’est que nous n’avons plus d’argent.’’

‘’La solidarité dont font preuve les Syriens a atteint ses limites’’

Dans cette zone située dans le nord du pays, des milliers de familles venues d’Alep ou d’ailleurs dans se retrouvent dans des villages, louant un toit ou s’abritant dans un habitat précaires. Comme une large partie des habitants qui sont restés, ils n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins essentiels -eau, nourriture, médicaments- depuis déjà longtemps.

‘’Depuis le début de notre intervention ici en Syrie, explique Denis Mazon, coordinateur de nos programmes, on a pu constater la solidarité exceptionnelle dont la population fait preuve à l’égard de ces familles qui ont fui les zones de combat, en les accueillant et faisant tout pour les aider. Mais ce système d’entraide a des limites. Aucun revenu ne rentre ni chez les familles déplacées, ni chez les familles hôtes. Leur situation est devenue réellement alarmante. Les marchés sont alimentés. Fruits et légumes sont bien présents sur les étals. Mais les prix ont flambé. Ils ont été multipliés par 4, voire 5 selon les zones. Sucre, pain, thé et huile sont autant de denrées de base de moins en moins accessibles.’’

C’est dans ce contexte que les équipes de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ont dû chercher le meilleur moyen d’aider les plus vulnérables. Après une première action d’urgence dans un camp de déplacés à la frontière (distribution de kits de première nécessité), l’association étend son soutien à 10 000 familles, avec l’objectif de leur donner les moyens de pourvoir à leurs besoins essentiels : nourriture, eau, médicaments et gaz pour cuisiner. Un travail complexe, mené en concertation avec les communautés, unanimes pour ne pas bénéficier de ce soutien sans qu’il y ait une forme de condition.

‘’Acheter à mes enfants de quoi manger’’

‘’Afin d’éviter les effets négatifs sur la dignité des personnes aidées qu’aurait une action assimilée à de l’assistanat, nos équipes ont travaillé avec elles à la définition de travaux d’intérêt général à effectuer par les gens en contrepartie de l’aide reçue.’’ Gestion des déchets, nettoyage des rues, ramassage des gravats, déblaiement des routes… Ces activités permettent de prévenir certains problèmes sanitaires liés à l’insalubrité tout en apportant un revenu temporaire aux familles pour qu’elles puissent se procurer les biens de première nécessité sur ces marchés qui fonctionnent encore tant bien que mal.

Sur un des chantiers communautaires mené par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, Fad Aalel ne ménage pas sa peine. Père de trois enfants, âgé d’une quarantaine d’années, l’ancien électricien d'Alep s’est mué en spécialiste du déblaiement et du nettoyage. ‘’J’ai eu la chance qu’on me prête une petite maison. Mais je n’ai rien. Alors l’argent que je gagne avec ce chantier, il me permet d’acheter à mes enfants de quoi manger. Ce travail, j’en suis fier.’’

Sami, superviseur d’une équipe de 18 travailleurs, acquiesce. S’il est bien conscient que l’aide fournie par SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ne pourra pas couvrir tous les besoins, le jeune avocat de formation sait aussi que l’ONG est le dernier recours pour ses concitoyens sélectionnés sur des bases de vulnérabilité. ‘’Aucune autre aide humanitaire ne nous parvient ici. Nous sommes seuls. Le conflit durera longtemps et nous le savons. Cette aide n’en est que plus précieuse. J’espère seulement que SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, grâce à la mobilisation de ses donateurs et de ses partenaires, aura les moyens d’intensifier son aide, et que peut-être d’autres organisations viendront elles-aussi avec le même engagement. Le reste ne dépend pas de nous.’’ RD

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