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SOUDAN DU SUD : de retour du chaos

Plus jeune pays du monde, le Soudan du Sud est ensanglanté depuis la mi-décembre par des combats fratricides des plus violents. La population civile est touchée de plein fouet. Sandra Lamarque, responsable de notre équipe d’urgence envoyée sur place en janvier, revient tout juste de mission où elle a organisé notre réponse humanitaire aux besoins de dizaines de milliers de familles déplacées. Elle témoigne.

Une lutte de pouvoir à l'origine de massacres ethniques2012-Juillet-Yida-RenaudDouci 105

Je suis arrivée le 6 janvier à Juba, le jour du retour de nos équipes sur place, après avoir été évacuées  de toutes nos bases une semaine durant au Kenya. C’est là, dans la capitale sud soudanaise, que tout a commencé et que les premiers affrontements ont éclaté au sein de l’armée entre les partisans  du président Salva Kiir et ceux de l'ex vice-président Riek Machar, destitué quelques mois plus tôt. Cette lutte de pouvoir s’est étendue à tout le pays, prenant très vite des airs de guerre civile à connotation ethnique entre l’armée dominée par les Dinkas du Président Kiir et les rebels, majoritairement Nuers, fidèles à Riek Machar. Les deux camps, qui se renforcent en recrutant  à tour de bras adolescents désœuvrés et voleurs de bétail, sont indisciplinés et incontrôlables. Seuls la haine et l’esprit de revanche commandent les troupes, laissant libre cours à un défoulement de pillages et de toutes les barbaries : exactions, viols, exécutions.

Réfugiés à Juba

A Juba, les violences ont principalement ciblé les Nuers, dont les hommes sont reconnaissables à leur visage scarifié, mais aussi les Somaliens, les Erythréens et les Ethiopiens qui ont vu leurs commerces pillés. Pour sauver leur vie, tous se sont précipités dans les deux bases militaires des forces onusiennes. Ces sites abritent habituellement des centaines de soldats. Elles ne sont pas prévues pour l’accueil des civils. Pourtant, plus de quatre mois après le début des violences, des dizaines milliers de personnes  y sont toujours réfugiées, malgré la surpopulation et les risques d’épidémie. En sortir revient à risquer sa vie puisque la ville est tenue par l’armée et ses supplétifs. Les exactions se poursuivent ; les tirs sont quotidiens. Y rester pose d’autres problèmes.

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De l'eau potable pour 16 000 personnes

Depuis le 18 décembre, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL intervient dans l’une de ces deux bases. Dans les allées, deux personnes se croisent difficilement. Les abris, faits de piquets et de bâches, sont collés les uns aux autres. Je n’ai jamais vu une telle densité de population. Difficile dans ces conditions d’installer points d’eau, douches, toilettes, canaux de drainage, mais vital. Les casques bleus ont dû construire quatre extensions en urgence. Nous avons préparé trois de ces sites et les avons équipés pour assurer à leurs 16 000 occupants un accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement. Nos équipes préparent actuellement le quatrième site, qui doit accueillir plus de 10 000 personnes.

Malakal, ville fantôme

Plus au nord, la ville de Malakal a changé six fois de camps entre fin décembre et fin mars. Elle est déserte aujourd’hui. Les maisons, toutes vides, ont pour bon nombre d’entre elles été pillées et brûlées. En janvier, les civils se sont d’abord réfugiés dans les écoles et les églises par dizaines de milliers. Nous leur alors avons fourni de l’eau potable et avons assurés des sessions de promotion de l’hygiène. Mais en février, on tue au sein même des édifices religieux. Dans les hôpitaux, on assassine les patients sur leurs lits. Seuls échappatoires à la mort, fuir dans les campagnes ou gagner cette base militaire de l’UNMISS. Située à quelques encablures de la ville, elle a elle aussi ouvert ses portes pour sauver des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants de l’impasse.

Vite améliorer les conditions de vie de ce site

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Notre équipe vit également dans cette base, au milieu de ces familles agglutinées dans des conditions sanitaires terribles.  Avec l’afflux massif de personnes, la situation en février était terrible. Les infrastructures installées en urgence un mois plus tôt ne tenaient plus. Les latrines débordaient. Les déchets n’étaient plus collectés. Notre mission a donc consisté à très vite améliorer les conditions de vie du camp en réinstallant des latrines, avec des cuves étanches pour éviter les infiltrations et faciliter les vidanges. Absurdité de la guerre, les excrétas et les déchets sont évacués hors du camp par des camions sous escorte militaire onusienne pour assurer la sécurité des chauffeurs. Une nouvelle extension est prévue afin de reloger les familles qui sont actuellement installées en zone inondable. Nos équipes se livrent à une véritable course contre la montre pour préparer les infrastructures d’assainissement avant le début de la saison des pluies.

La menace du choléra

Autre défi pour notre d’équipe, suivre les nombreux déplacements de populations qui s’opèrent le long du Nil, où des milliers de familles se réfugient pour avoir accès à l’eau. Le choléra, endémique dans la région, peut frapper à tout moment. Notre mission : éviter à tout prix une épidémie qui serait elle aussi meurtrière. Nous nous efforçons donc de fournir aux déplacés de l’eau potable, d’installer des latrines hygiéniques & de les alerter sur les dangers de boire directement l’eau du Nil. Pendant ce temps-là, les négociations entre les deux camps n’ont aucun impact sur le terrain. L’accord de cessez-le feu signé le 9 mai apparait comme un rempart bien dérisoire face à une violence décuplée par le désir de vengeance.  
 
 

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