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Journal de bord : du décor de désolation au traitement de l'eau à Tacloban


20 novembre

Longeant la côte est de l’île de Leyte, Andrea et Xavier restent silencieux. Depuis la ville de Tacloban, puis celle de Palo, les kilomètres filent, le décor de désolation reste le même.

Une vaste croute de débris épaisse de plus d’un mètre s’étend de chaque côté de la route, laissant émerger ici et là une maison éventrée, dont les restes d’une charpente torturée restent tout au mieux couvertes par quelques morceaux de tôles déformés.

Dans les entrailles de ces ruines, on aperçoit souvent une silhouette qui, doucement, vaque à ses occupations. Au premier étage, vue béante sur la mer laissée par un mur effondré, une vieille dame vêtue d’un tablier est assise devant la table de sa cuisine. Une jeune femme aux pieds nus racle l’eau boueuse sur le pas de sa porte. Un homme est monté récupérer du bois sur le squelette du toit de sa maison désarticulée. Des enfants courent le long des câbles qui serpentent à terre. Un chien renifle un ours en peluche, naufragé aux couleurs vives dans un océan insalubre d’objets et de matériaux d’un quotidien disparu.

Les cocotiers, les piqués téléphoniques et les poteaux électriques qui restent encore debout penchent vers l’ouest. Comme figés dans un même mouvement de révérence, tous tournent le dos à la mer. C’est d’elle qu’est venu ce vent qui a fait vriller les poteaux à haute tension et qui les a transformé en vulgaires tas d’allumettes. C’est elle qui a envoyé plusieurs vagues finir d’emporter celles et ceux que l’on remonte encore aujourd’hui à la surface de cet océan de décombres. Ce n’est que quand elle s’est retirée, que le temps, suspendu depuis des heures, a repris dans un silence assourdissant.

Signal 4

Ce jour-là, il était 5h du matin quand le vent s’est mis a soufflé bien plus fort que d’habitude. La veille, les autorités avaient alerté la population d’un ouragan de niveau 4 et évacuer préventivement des centaines de milliers de personnes. Le ‘’signal 4’’ comme on l’appelle ici, c’est un cran de plus que celui qui siffle parfois aux oreilles des habitants de ce coin des Philippines. Un seul petit cran de plus, à l’origine d’un massacre.

DSCF2906Ce jour-là, le vent a donc grondé. La mer a monté pour finir de faire déferler une vague de 4 à 6 mètres, parfois sur plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres. A eux deux, ils ont tout emporté sur leur passage et pris des milliers de vies. Il a fait s’envoler les toits. Elle a emporté les maisons, avalé les gens qui n’avaient plus rien à quoi s’accrocher. Il a fait s’effondrer les centres d’évacuation qui ont tué celles et ceux que ces structures étaient censées protéger.

Habitant du Barenga Gougone, ville de Pallau, au sud de Tacloban.

‘’J’étais dans ma maison avec mon petit dernier & ma mère quand le vent a commencé à souffler. Il s’est vite déchaîné. Le vent était tellement fort que nous nous avons surmonté notre peur de sortir pour courir nous abriter dans le stock de ma petite épicerie. Je savais cette petite tour de quelques mètres carrés plus solide que ma maison faite de bois et de tôle. Ma maison s’est envolée quelques minutes plus tard. Disparue, en moins d’une seconde.’’

‘’Nous nous sommes accroupis. J’ai serré mon fils et ma mère contre moi. Mais quelques minutes plus tard, l’eau s’est mise à monter si vite à nos genoux que nous avons compris qu’il fallait tout de suite monter au 2ème étage. Malheureusement, le toit s’est envolé quelques secondes après que nous soyons montés. Une poutre en bois m’est tombée sur la tête. Je l’ai saisie, l’ai mise sous mon aisselle tout en serrant toujours plus fort mon enfant et ma mère, avant que la vague ne nous emporte de l’autre côté de la route, à 15 mètres de là. Quand l’eau s’est retirée, je suis allée récupérer mon fils aîné. Il était à l’église, qui est un centre d’évacuation en cas de cyclone. Il était vivant. Beaucoup d’autres mères n’ont pas eu cette chance. On découvre des corps encore aujourd’hui, au fur et à mesure du déblaiement.

J’ai cherché dans les décombres le moindre objet qui nous appartenait. Je n’en ai pas retrouvé un seul. J’ai tout perdu. Nous dormons aujourd’hui au centre d’évacuation de la chapelle de la ville de Palau à 2 km d’ici. La journée, je reviens là avec mes fils pour rester avec mes voisins. Nous avons des distributions de riz par le gouvernement. Notre puits et notre pompe à main fournissent toujours de l’eau potable. Mais ce que je veux maintenant, c’est reconstruire ma maison.’’

Partout c’est la même histoire qui revient : le vent, puis la vague. La surprise, les heures de souffrance, les cris dans le grondement, la peur, Dieu, la chance et des efforts surhumains pour s’en sortir… Et derrière tous ces déstabilisants sourires philippins, les cicatrices dans la voix pour dire ceux qu’on a perdus.

A l’intérieur des terres, dans la localité de La Paz, la vague n’a pas atteint les habitations. Mais le vent a là aussi tout emporté : les maisons, et 90 % des cocotiers, ‘’unique source de revenu pour une grande majorité de gens’’ confirme le maire à Xavier.  Dans cette zone rurale, les habitants n’ont pas autant accès à l’aide humanitaire que les villes et les villages de la côte. IMG 7340

En plus de l’évaluation des besoins, l’équipe est venue analyser une série de points d’eau. L’un d’eux est installé devant une maison. Parmi ses nombreux habitants, Tina Amandi, 8 enfants : ‘’Ma maison était faite de bois et de feuilles de cocotier. Nous sommes sortis tout de suite quand les vents ont soufflé. Elle s’est envolée en seulement quelques minutes. Avec mes enfants et mon mari, nous nous sommes réfugiés chez une voisine le temps que le cyclone passe. Sa maison a tenu par miracle. Le bateau de mon mari, pêcheur, a lui aussi été détruit aussi facilement qu’on déchire du papier. Depuis 10 jours maintenant, nous vivons ici, dans cette maison qui appartient à la municipalité. Nous sommes plus de 10 familles, soit plus de 60 personnes dans à peine 70 m². Nous sommes contents d’apprendre que l’eau qui sort de la pompe est potable. Nous avons du riz que nous distribue le gouvernement. Mais ce que nous voulons tous ici, c’est reconstruire nos maisons, avoir de quoi prendre soin des nôtres et les protéger.’’

21 novembre

Andrea, notre expert Eau, Hygiène et Assainissement part sur l’île de Samare faire une évaluation. Située au Nord de celle de Leyte, elle a, elle aussi, été très fortement touchée par le typhon. Andrea mettra deux heures à rejoindre la municipalité de Basai, au lieu de la ½ heure nécessaire seulement avant le typhon. Surplombée par un énorme rocher où trône une église, ce qui devait être une jolie ville de bord de mer a été pulvérisée.

‘’Les gens n’ont pas réalisé, nous dira Adil, assis sur une chaise de jardin en plastique devant l’abri qu’il est en train de reconstruire sur les vestiges sa maison réduite en poussière. Beaucoup n’imaginaient pas une seconde que les murs en ciment et le 1er étage de leur maison ne les protègeraient pas des éléments. Ceux qui n’ont pas évacué la veille n’avaient au final que peu de chance de survivre.’’IMG 7612

Non loin de là, Fernando confirme. Sur les murs de la petite cahute en contreplaqué qui abrite sa femme, son frère et ses 3 enfants, ce grand gaillard a dessiné un cœur brisé et inscrit : ‘’Yolanda, 8 novembre 2013’’. ‘’Nous avons évacué la veille au 1er étage de ce bâtiment, raconte-t-il. Mais l’eau qui a monté nous a forcés à aller au 2e. Au 3e, le toit s’est envolé. Nous étions coincés. Heureusement les fondations de ce bâtiment ont tenu. Ce qui n’est pas le cas de la majorité des maisons de ce quartier de pêcheurs.’’

A Basai comme à Tarabout, malgré un niveau de destruction très élevé, les gens ont de l’eau potable grâce à leurs pompes à main qui ont fini d’évacuer l’eau de mer. Une eau qui ne s’avère bien heureusement pas contaminées. Enfin de bonnes nouvelles !

Le soir, l’équipe accueille un renfort de poids. Venu de la fondation Veolia, Frédéric Pumas, expert en eau hygiène & assainissement vient appuyer Andrea dans sa mission.

22 novembre : Manque d’eau potable à l’hôpital et à l'université de Tacloban

La responsable des affaires sanitaires de l’île (District Health Organisation - DHO) et la coordinatrice de l’équipe d’urgence de l’Organisation Mondiale de la Santé ont alerté Andrea sur la future rupture de l’approvisionnement d’eau potable de l’hôpital par camion. ‘’Il y a aussi une urgence à l’université, apprend-il des deux femmes.’’

Pendant ce temps-là, dans l’entrepôt qu’il vient de trouver en périphérie de la ville, Win Htay décharge le camion envoyé depuis Cebu par bateau. C’est ce matériel qui servira à distribuer de l’eau potable dans les endroits où les gens en manquent. evac center 1
 ‘’J’ai décidé d’ouvrir les portes de l’université la veille du typhon, quand des femmes des barangaïs voisins (43 & 44 – warry district) sont venues me voir en me disant qu’elles n’avaient nulle part où aller. Ces quartiers de la ville ont été pulvérisés par le vent et par la vague. Moi-même j’ai été blessée par un morceau de ferrailles qui m’est rentré dans le pied.’’ Aujourd’hui, 90 familles, soit 421 personnes vivent ici. Ils dorment dans les classes et dans les corridors de cinq bâtiments que nous avons mis à disposition : le bâtiment administratif, le lycée, les départements technologique, ingénierie et scientifique. ‘’Il n’y a ni électricité ni toilettes, mais au moins ils ont un toit sur la tête.’’

Responsable de ce centre, Liliane en assure l’administration et le bon fonctionnement. Des responsables pour chaque bâtiment, à chaque étage et au sein de chaque famille, ont été désignés pour être ses interlocuteurs. Chaque famille est recensée. Leur état de santé est suivi. ONG et institutions gouvernementales s’adressent à elle pour s’informer des besoins des familles et délivrer une aide adaptée. Pour faire tout cela, Liliane ne quitte jamais son bureau, situé dehors sous le hall d’entrée du bâtiment. Elle se fait ainsi fort d’accueillir toute nouvelle famille qui s’y présenterait. Une organisation qui ne l’empêche pas d’être exténuée.

‘’Je viens de la ville de Basaï, sur l’île de Samare qu’on accède grâce à un pont, le nord de celle de Leyte. C’est une ville de bord de mer. Il ne doit pas en rester grand-chose. Depuis la catastrophe, je n’y suis pas retourné. Je ne sais pas dans quel état est vraiment ma maison. Et je n’ai pas de nouvelles de mon frère. Il a été porté disparu.’’

La femme forte qui porte la responsabilité de près d’une centaine de familles vient de parler d’elle et, l’instant de quelques secondes, de se laisser aller à quelques larmes. Avant de vite se reprendre et de parler de ces familles qui ont besoin d’eau potable. ‘’Des cas de diarrhée et de maladies de peau ont été répertoriés chez de nombreux enfants. Les plus jeunes sont les plus fragiles. Ils sont toujours les premières victimes du manque d’hygiène." L’équipe de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL va donc construire des latrines d’urgence et fournir aux familles l’eau potable dont elles manquent grâce à ses unités de traitement.

23 novembre : Les enfants atteints de diarrhée et de maladies de peau

Almonda a 17 ans. Elle était lycéenne avant la catastrophe. Elle vivait dans une petite maison à 200 m de la mer. ‘’La vague a comme ’’lavé’’ notre quartier. Nous avons dû nager pour survivre. Grâce à Dieu, mes parents, et mes 3 frères et sœurs ont tous survécu. Aujourd’hui, nous vivons ici dans le gymnase de l’Université. Nous avons reçu de la nourriture, des ustensiles de cuisine, du savon… mais nous n’avons toujours pas accès à l’eau potable. C’est comme pour aller aux toilettes, nous devons sortir du campus et marcher un peu. Du coup, les enfants ne peuvent pas attendre et font leurs besoins dans une salle. Beaucoup d’entre eux ont la diarrhée et des maladies de peau.’’

IMG 8063Dans le bâtiment de 3ème étage qui renferme un gymnase et des gradins en son centre, seuls les cris d’enfants brisent le silence. A chaque niveau, 7 familles qui vivent dans autant de classes. C’est l’heure de la cuisine. Une femme s’affaire autour d’une marmite de riz. Une autre fait la lessive dans une bassine rose qu’elle a rempli avec l’eau du réseau, qui n’est pas potable.

Les enfants ont un terrain de jeu bien plus large que celui de basket qui trône au centre du bâtiment. On les entend chahuter dans les couloirs et les escaliers. Dans une des pièces du 3ème étage, le plafond laisse entrer la pluie qui tombe à verse sur les bureaux et les chaises d’étudiants. L’odeur d’excréments y est extrêmement forte.

A l’hôpital, le chantier a commencé. Andrea et Fred ont embauché 5 personnes pour les aider à déblayer l’endroit où ils mettront le réservoir souple d’eau potable qui alimentera l’établissement. Win Htay s’affaire quant à lui à trouver un système pour surélever le réservoir : sacs de sable de construction, pneus à remplir avec de la terre, troncs de cocotiers à empiler, container à retourner… La première option sera la bonne.

24 novembre

Analyse eau XavierL’eau de la réserve d’eau de l’hôpital est salée. La faute sans doute à son inondation par l’eau de mer lors de l’ouragan. Andrea et Frédéric installeront les unités de traitement à l’université demain. Les analyses de l’eau du puits de l’université sont bonnes. C’est là que nous installerons demain les unités de traitement de l’eau. Nous desservirons finalement l’hôpital en eau potable par camion.

Quant aux évaluations menées par Andrea et Xavier la semaine dernière, elles vont nous permettre d’apporter une aide humanitaire aux habitants de La Paz, Pastrana, Tabontabon et Julita.

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