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KENYA Reportage : Les fleurs de Kibera

NAIROBI Dans le plus grand bidonville d’Afrique, le sac potager de SOLIDARITES INTERNATIONAL est devenu partie intégrante du décor. Depuis 2008, cette technique permet, dans un espace réduit et avec très peu d’eau, à des milliers des dizaines de milliers de familles de manger à leur faim. D’autant qu’avec la sécheresse, les prix des denrées alimentaires flambent.

À quelques pas seulement des beaux quartiers de Nairobi, deux gigantesques panneaux de publicité se dressent de chaque côté de ce qui semble bien être l’entrée principale de Kibera, tristement classé plus grand bidonville d’Afrique devant Soweto.

‘‘Venues de tout le pays, plus d’un million de personnes vivent ici, explique Marion Ng'ang'a, assistante technique de SOLIDARITES INTERNATIONAL, soit la moitié des habitant de Nairobi. Depuis la dernière sécheresse de 2009, ils sont même 200 000 de plus à s’y être installés. Ils construisent leurs maisons avec de la terre, les couvrent d’un toit en tôle et s’y entassent avec leur famille dans des conditions insalubres, sans eau. Le plus souvent, le mari travaille à la journée, pour un ou deux dollars, dans les usines de textile et de plastique, tandis que les femmes font des ménages.’’

C’est dans ce labyrinthe de ruelles en terre que SOLIDARITES INTERNATIONAL mène, depuis 2008, des programmes de sécurité alimentaire particulièrement adaptés à la grande concentration de population et à la malnutrition dont sont victimes les habitants du vaste bidonville. Nos équipes ont développé un concept qui a fait ses preuves au Sud Soudan et en Afghanistan : le sac potager. Les innombrables artères de Kibera en sont fleuries. Aux portes d’entrée, dans les cours, à chaque recoin… Il suffit d’un espace réduit pour que les familles y cultivent épinard, oignons, coriandre, pommes de terre, tomates et autres Moringas. Ce légume vert originaire d’Amérique du sud contient trois fois plus de calcium que le lait et sept fois plus de vitamine C que l’orange.

76 000 sacs distribués à 19 000 familles en 2010

‘‘Quand nous avons commencé à introduire cette technique, se rappelle Winfred Mueni, coordinatrice du programme, les gens n’y croyaient pas beaucoup. Mais une fois qu’ils avaient vu le résultat, ils s’y sont mis très vite. Les sacs ont poussé partout. Rien qu’en 2010, nous en avons distribué 76 000 à quelque 19 000 familles, soit 4 par ménage en moyenne. Cela représente en tout 2 hectares de sacs potagers. A raison de 40 plantes par sacs, il aurait fallu une surface disponible de plus de 33 hectares pour en planter autant en pleine terre. Quinze fois plus d’espace ! Impossible d’en trouver autant.’’

Au cœur du bidonville, John est assis devant sa maison en tôle. Un œil sur ses enfants qui jouent dans un recoin, il trône juste à côté de ses six ou sept sacs potagers. A l’intérieur de sa sombre cabane, la casserole bout. Après un aller-retour, il ramène son repas du midi. Ces pommes de terre, elles viennent de là, dit-il en montrant fièrement le sac où son fils est en train de couper quelques feuilles d’épinard. En face de lui, Liliane, assise sur une chaise de fortune, se tresse des nattes. Elle est venue il y a deux ans de l’ouest du Kenya pour trouver un emploi. Femme seule, malade, elle s’occupe de son fils et ne peut pas travailler. Ces sacs sont une ressource vitale pour moi. Avant, je dépendais entièrement de la communauté environnante. Aujourd’hui, je peux nourrir mon enfant sans avoir recours à qui que ce soit.

Des jardins dans des sacs

À quelques kilomètres de là, non loin du vacarme de l’autoroute en construction, le bidonville est coupé en deux par la voix ferrée. Entre les deux trains quotidiens, elle offre une vue imprenable sur les milliers de toits de Kibera d’où dépassent les arbres à Sukumaki, un légume traditionnel. Ici et là, une dizaine de jardins communautaires installés par SOLIDARITES INTERNATIONAL. Une équipe constituée de 10 à 20 personnes est responsable de chacun d’eux.

‘‘Grâce à ces sacs, je peux nourrir mes six enfants, raconte Francis, la cinquantaine, sur sa parcelle de démonstration. Et je vends même ce qu’il reste chaque samedi. Je me dégage ainsi entre 3 et 5 dollars par semaine, de quoi acheter du riz par exemple. Et puis, je forme d’autres personnes. Ce travail d’animateur communautaire me donne une grande satisfaction.’’

Tout à coup, une nuée d’élèves en uniforme affluent dans les rues commerçantes. La sonnerie des vacances a retenti. A l’institut XXX, avant de partir lui aussi, James Maora fait une dernière tournée d’inspection de la centaine de sacs alignés en contrebas de la cour. Depuis deux ans, ce professeur des écoles a demandé des sacs à SOLIDARITES INTERNATIONAL pour initier les enfants.

‘‘Chaque élève s’occupe d’un sac. Ce qu’ils produisent va à la cantine. Et avec les économies que nous dégageons, nous finançons l’inscription de ceux qui en ont besoin. En échange, les enfants doivent importer chez eux cette technique. Les familles sont ravies de ces jardins dans des sacs. Pour elles qui ont quitté leur campagne, c’est un vrai retour à la terre. Ce sac c’est bien plus qu’un don. Ce que les enfants ont appris là, c’est pour la vie. C’est un vrai savoir.’’

RD

"Une technique très simple et accessible à tous"

Marion Ng'ang'a, assistante technique de SOLIDARITES INTERNATIONAL :

"Les bénéficiaires ciblés sont des personnes à très faibles revenus et des personnes porteuses du VIH/SIDA. La technique de la culture en sac est simple, peu coûteuse et ne demande pas de savoir-faire particulier. Il suffit de remplir le sac de terre, de l’enrichir de compost, tout en prenant soin de disposer de pierres au centre, à l’aide d’une bouteille creuse, et ce jusqu’en haut du sac pour que l’eau s’infiltre bien jusqu’au fond. Enfin, il faut trouer le sac pour y planter, de haut en bas, différentes plantes, afin de diversifier l’alimentation. Si ça marche ici, ça peut marcher partout ailleurs."

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