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J'ai compris

''Il y a un avant et un après le 12 janvier''

Photographie de Fabrice Perrot

Un récit de Géraldy Nogar, Haïtien de 27 ans, survivant du séisme du 12 janvier 2010, aujourd'hui responsable terrain chez SOLIDARITÉS INTERNATIONAL.

''Il y a un avant et un après le 12 janvier''

''Je sais que vous avez suivi notre drame sur votre poste de télévision. Mais peu d’entre vous ont entendu quelqu’un qui a vécu ce tremblement de terre et qui y a survécu. Sachez que chaque Haïtien a un récit. Et pour que chacun d’entre nous, il y a un avant et un après le 12 janvier.'' Géraldy Nogar, responsable terrain.
Avant le 12, j’étais sociologue.

Je travaillais pour un institut de recherche et menais des enquêtes terrain en relations sociales.

Le 12, je finissais le rapport final de ma mission chez un ami quand le sol a commencé à trembler.

Il était 16h53 quand nous avons ressenti les premières secousses. Elles ressemblaient à ce qui s’était passé en 2008, mais ont augmenté d’intensité. Le bruit au loin s’est transformé en vague. J’ai tenté de me lever pour sortir, mais une force invisible m’a cloué sur ma chaise. Le mur s’est fissuré comme une toile qui se déchire. Tout le monde a alors eu le même réflexe, aussi spontané qu’étrange, celui de sortir dans la rue. Alors que d’ordinaire, en cas de fortes pluies, de grand vent, quand il y a des tirs, c’est exactement l’inverse : nous rentrons.

Je me suis retrouvé comme tout le monde sur cette grande place.

Les gens tremblaient, pleuraient, criaient, en appelaient au Seigneur à chaque réplique. Nous n’avions jamais vécu une telle expérience. Nous n’avions eu aucune explication à l’école. Dans notre ignorance, nous avons cru que ce phénomène s’était limité à notre quartier. Nous n’avons compris l’ampleur du drame que par la seule radio qui continuait à émettre.

J’ai tenté de rentrer chez moi à pieds.

Je marchais sur des rigoles de sang. J’entendais les gens coincés sous les décombres appeler à l’aide. Ils souffraient, j’étais impuissant. Je n’ai pas pu continuer et devant l’horreur, j’ai fait demi-tour. Cette nuit-là, nous avons tous dormi à la belle étoile. Le lendemain, l’odeur de la mort est devenue très forte. Les corps gonflaient, se putréfiaient. Ensemble, nous avons commencé à former des charniers. J’ai encore en tête l’arrivée des premiers camions venus de République dominicaine pour transporter les cadavres jusqu’à des fosses communes, et de ces bulldozers qui poussaient les corps. Pendant deux ou trois jours, tout le monde a perdu le contrôle. Le néant, l’instinct de survie. Mais aussi une solidarité sans faille.

Aujourd’hui, c’est encore l’urgence.

La problématique de la reconstruction est très compliquée. Si un quart de la capitale a été déblayée, c’est un record. La mission de SOLIDARITES INTERNATIONAL à Bristout paraît être une goutte d’eau. Mais cette expérience a le mérite d’exister et de prouver qu’il est possible pour les gens de retourner chez eux.

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