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Ebola : 5 questions au docteur Guillaume Le Loup

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Alors que le virus Ebola frappe de plein fouet l’Afrique de l’Ouest et que sa propagation semble difficilement contrôlable, SOLIDARITÉS INTERNATIONAL se prépare à devoir travailler en zone infectée. Nos équipes étant présentes dans des pays susceptibles d’être touchés par le virus, le docteur Guillaume Le Loup*, spécialisé dans les maladies infectieuses et en médecine tropicale est venu au siège apporter ses conseils auprès de nos équipes afin qu’elles soient préparées.

1/ Pouvez-vous nous décrire rapidement ce qu'est le virus Ebola, comment il se propage et d'où il vient ?

Le virus Ebola, connu depuis les années 70, appartient à la famille des fièvres hémorragiques virales. Il se transmet d’abord de l’animal à l’homme. Son "réservoir" est très probablement formé par des chauves-souris qui vivent en milieu forestier et rural. De la chauve-souris, il peut être transmis à des mammifères, notamment aux singes. Le contact d’un homme par un animal infecté, lors de la chasse ou de la consommation de viande, crée les conditions d’une infection chez l’homme. Peut alors commencer la transmission interhumaine, à l’origine des épidémies observées en Afrique équatoriale et maintenant de l’ouest. Cette transmission interhumaine s’effectue principalement par les liquides biologiques (le sang, les liquides digestifs et génitaux, la sueur, la salive, etc…), et plus rarement semble-t-il par l’intermédiaire d’objets souillés, en particulier des seringues et du linge. Ce sont donc les personnes en contact rapproché avec le malade, qu’il s’agisse de proches ou de soignants, qui sont principalement en situation de risque. Ce virus est responsable d’une maladie très grave associant une fièvre et des défaillances d’organes, avec une mortalité de l’ordre de 3 à 50 % aujourd’hui en Afrique.

2/ Comment les humanitaires d'ONG non médicales doivent-ils appréhender l'arrivée éventuelle du virus Ebola sur les zones où ils sont présents ?

La raison commande d’effectuer une analyse détaillée de chaque situation locale, à l’échelle d’une province voire d’un pays. En zone et en période d’épidémie de fièvre hémorragique, compte tenu des risques, il me semble que toute personne ne contribuant pas directement ou indirectement à la lutte contre le virus doit être évacuée. Si on décide de maintenir un expatrié sur place, ou s’il s’agit d’un membre de l’ONG qui vit sur place, il faut donner des consignes simples, mais requérant une application rigoureuse, pour éviter une contamination.

Je voudrais insister sur un point : encore une fois, pour être infecté, il faut un contact rapproché avec une personne malade. C’est une situation qui, en dehors des structures de soins, peut le plus souvent être évitée. Donc, il faut certes être vigilant, mais ne pas non plus céder à une anxiété hors de proportion avec les risques. Par exemple, aujourd’hui, au Nigeria, la survenue de quelques cas ne justifie pas pour le moment de remettre en cause l’activité d’une organisation humanitaire.

3/ Quels conseils indispensables avez-vous à leur donner ? Comment peuvent-ils se protéger eux et les bénéficiaires de leurs programmes ?

Ce sont des précautions simples, qui découlent des modes de transmission de la maladie. Le virus ne se transmet pas ou quasiment pas en phase d’incubation, quand la personne déjà infectée n’a pas de symptômes. Il ne se transmet pas non plus par voie respiratoire. Donc le risque principal est le contact direct, par les mains notamment, avec une personne effectivement malade, présentant des symptômes, ou ses liquides biologiques. Si on ne peut éviter cette situation, le port de gants et le lavage des mains à l’eau et au savon prévient la transmission du virus par cette voie. Il est par ailleurs indispensable d’hospitaliser une personne présentant des symptômes et de ne pas la garder à domicile, d’une part pour permettre des soins efficaces, d’autre part pour protéger l’entourage. Autre mesure individuelle, il faut éviter tout rapport sexuel avec une personne qui a été malade dans les deux mois précédents.

4/ Comment SOLIDARITÉS INTERNATIONAL qui n'est pas une ONG médicale, peut-elle participer à la lutte contre la propagation du virus et aider les acteurs de terrain qui luttent déjà contre ce virus ?

Dans les pays atteints, ce n’est pas seulement une épidémie grave, c’est une crise globale qui atteint et menace les systèmes de santé, les activités économiques, l’équilibre de la société. Du fait des dysfonctionnements des structures de soins, des problèmes secondaires d’eau et d’assainissement, de la marginalisation de personnes ou familles touchées, l’épidémie Ebola va tuer bien plus que ne le fera le seul virus Ebola. Des personnes vont mourir de l’interruption du traitement de leurs maladies chroniques, de l’accès palustre qui ne sera pas traité, des maladies notamment digestives qui naissent d’une hygiène défaillante. Dès lors, des associations non médicales, mais impliquées dans l’aide d’urgence aux populations fragilisées, dans l’hygiène et l’assainissement, peuvent jouer aux côtés des ONG médicales, aujourd’hui et dans les prochains mois, un rôle pivot dans la réponse à cette crise globale.

5/ Faut-il vraiment craindre un débordement de l'épidémie dans les pays voisins mais également dans les pays occidentaux ?

Il y a un risque réel d’extension sur le continent africain, d’autant plus que les mobilisations nationales et internationales ont tardé. Aujourd’hui, l’épidémie progresse de manière exponentielle, surtout au Libéria, mais aussi, dans une moindre mesure, au Sierra Leone et en Guinée. Autour, il y a la Cote d’Ivoire, le Sénégal, le Mali…

En revanche, l’extension de l’épidémie aux pays occidentaux paraît aujourd’hui extrêmement peu probable, compte tenu des structures et des moyens sanitaires dont nous disposons au Nord. On ne peut pas exclure que des personnes porteuses du virus rejoignent l’Europe ou les Etats-Unis, mais nos systèmes de santé sont a priori en mesure de les détecter, de les prendre en charge, et de prévenir une transmission en chaîne. Il faut cependant rester vigilants, mobilisés et entrainés à ce type de situation en France, car l’épidémie d’Ebola n’a cessé de déjouer toutes les prévisions depuis l’hiver dernier.

 
* Guillaume Le Loup est docteur en médecine, docteur en sciences, et diplômé de Sciences Po Paris. Spécialisé dans les maladies infectieuses et la médecine tropicale, il est praticien hospitalier des hôpitaux de Paris. Au sein de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, il a effectué des missions humanitaires en Afghanistan (1987), en Roumanie (1989) et au Kurdistan irakien (1991-1992). Il a également été membre du Conseil d’Administration de l’association dans les années 90.

Pour regarder son interview sur i>Télé, cliquez ici.

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