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BP 100 - 75020 Paris
Crédit photos : AFP, Solidarités,
William Daniels
Témoignages : notre action pour
les sinistrés du Tsunami est vitale
« Les Indonésiens
travaillent dur pour dépasser la catastrophe… »
Noordin, pêcheur sinistré à Meulaboh,
a confié son histoire à Alexis, volontaire en Indonésie
pour SOLIDARITES. Malgré le vide qui entoure ce père
de famille depuis le 26 décembre 2004, la vie reprend le
dessus. Après avoir tout perdu, Noordin veut travailler
à la reconstruction de son pays. Avec SOLIDARITES, il a
intégré la petite équipe responsable du programme
d’assainissement des eaux dans le district de Meulaboh.
« C’est le sens qu’il donne à son existence
: en mémoire de ses enfants ».
« Le 26 décembre, Noordin profite du dimanche matin
pour passer du temps avec sa femme Nadiah et ses deux enfants,
Iwan et Cut. Noordin est chauffeur de camion. Il transporte des
marchandises de Meulaboh vers Medan ou Banda Aceh. Il est très
fier de posséder son propre véhicule et s’est
mis à son compte il y a 14 ans. Il voit peu sa famille
mais « au moins, dit-il, j’arrive à leur assurer
une vie normale, je travaille dur pour qu’ils ne manquent
de rien. Dans les grandes villes, je trouve toujours un petit
cadeau à ramener à mes enfants et à Nadiah…
».
Ce petit mot…
Pas de différence avec cette discussion que nous avons
tous déjà eue, dans un train ou avec un voisin,
dans un supermarché ou en voyage. A une différence
près, ce petit mot qu’il rajoute à la fin
de son histoire : « Avant le Tsunami.» Ce lendemain
de Noël, le ciel, la malchance et le destin réunis
ont détruit sa vie, ses joies et ses espoirs, ne lui laissant
que douleur, vide et peines.
Le 26 décembre après-midi, Noordin est seul. Il
erre entre des débris de maisons, des cadavres d’animaux,
d’huile, dans cette eau boueuse qui a tout dévasté.
Il cherche sa femme et ses enfants dans ce qu’il croit être
l’emplacement de son ancienne maison. Il ne comprend pas.
Il pleure. Il ne sait pas encore qu’il ne les retrouvera
jamais. Le temps n’a pas effacé sa douleur, toujours
aussi vive, ni ce sentiment de culpabilité qui le fait
presque s’excuser d’être toujours en vie.
A pied d’œuvre le 10 janvier
Pour les survivants qui se réveillent en vie le 27 décembre,
il faut repartir de zéro. Un élan de générosité
sans précédent dans le monde permet à l’aide
internationale d’être rapidement sur le terrain. SOLIDARITES
est à pied d’œuvre le 10 janvier. Tout est à
reconstruire, tous les systèmes d’accès sont
à rétablir : nourriture, eau, construction, service
de santé, abris, écoles…Sur le district de
Nagan Raya, plus de 12 000 personnes sont touchées. Les
premières interventions d’urgence sont sur les besoins
en eau. Les puits sont nettoyés, des forages effectués
pour chercher de l’eau de qualité, parfois jusqu’à
120 mètres. Il faut faire vite. C’est à ces
forages que Noordin peut aller chercher l’eau nécessaire
à sa survie.
Le destin s’acharne
Le 28 mars 2005, un tremblement de terre touche à nouveau
Sumatra et la province d’Aceh. Noordin perd son abri de
fortune, érigé grâce aux débris qu’il
a récupérés.
Les mouvements géologiques provoqués par la secousse
polluent de nouveau la nappe d’eau qui alimente les puits.
Le forage n’est plus viable, alors on en refait un, plus
profond, mieux protégé, plus adapté. On utilise
des pelleteuses pour drainer les sites et permettre aux Indonésiens
d’avoir à nouveau accès à leur terre,
à leur champ, à leurs cultures. On rebâtit
des écoles pour que les enfants puissent poursuivre leurs
cours pendant la mousson et ne pas être exposés aux
pluies diluviennes. Les Indonésiens travaillent dur pour
dépasser cette catastrophe. Le paysage encore aujourd’hui
dévasté leur rappelle chaque jour ce à quoi
ils ont échappé, ce qu’ils ne veulent plus
jamais voir.
Aider ceux qui ont tout perdu
Noordin, après la douleur et le désespoir, travaille
avec SOLIDARITES. Après avoir reçu, il veut donner.
Il faut parfois le « pousser » en dehors du bureau
pour qu’il s’arrête de travailler et se repose.
Aider ceux qui, comme lui, ont tout perdu, c’est le sens
qu’il donne à son existence, en mémoire de
ses enfants. Il dit que c’est pour ça qu’il
a survécu, que c’est pour cela qu’il arrive
à nouveau à rire aujourd’hui, qu’il
y a de nouveau de la vie dans ses yeux. »
«
Les pêcheurs ont vite vu l’intérêt d’un
tel programme »
En
fin de journée, les pêcheurs Sri Lankais
des équipes SOLIDARITES prennent la mer.
Vincent, coordinateur SOLIDARITES pour le programme
pêche, évaluateur des besoins en pêche sur
le district d’Ampara, confie son expérience du terrain.
Il est au contact des pêcheurs depuis la fin du mois de
février, il vit au milieu de la population et est à
l’écoute de leurs besoins. Il explique ici quelles
sont les méthodes de travail des équipes sur le
terrain et les résultats du programme pour faire repartir
l’activité pêche. Avec SOLIDARITES, «
c’est tout une communauté qui retrouve vitalité
et confiance dans l’avenir ».
« Quand je suis arrivé sur la côte d’Ampara
à la fin du mois de février, l’amoncellement
des décombres des habitations et des épaves des
bateaux témoignait encore de la violence de la vague et
du drame qu’a représenté le Tsunami pour les
familles de la bande côtière.
Evaluation des besoins
Je partais alors en mission pour SOLIDARITES et avais deux mois
pour définir un projet qui permettrait aux pêcheurs
de la région de retrouver leur activité et leurs
moyens de subsistance traditionnels. Etude de terrain, concertation
avec les autorités locales et autres acteurs de la réhabilitation
mais surtout de riches et nombreuses rencontres avec les pêcheurs.
Trois types de besoins ont été mis à jour
: redonner un outil de travail aux pêcheurs, former des
équipages à la réparation et à la
maintenance de leur moteur et enfin nettoyer les fonds marins
des zones de pêche à la senne.
Intérêt du projet
Ce dernier projet a été pensé et mûri
en étroite collaboration avec l’association locale
de plongeurs professionnels et les pêcheurs bénéficiaires
de l’activité. Il s’agit de déplacer
les nombreux débris des habitations, épaves et autres,
charriés par la vague et qui encombrent les fonds marins
jusqu’à 400 mètres du rivage. Les débris
représentent en effet des obstacles redoutables pour la
progression du filet (« senne »). Ce type de pêche
très pratiqué sur la côte constitue le principal
moyen de subsistance pour de nombreux habitants : 50 travailleurs
sont employés pour haler la senne sur la plage avec sa
prise de sardines et autres petits poissons.
Premiers essais, premières zones nettoyées, premières
pêches : les sourires sur les visages des pêcheurs
ont vite montré l’intérêt de ce projet
novateur, gommant les incertitudes des premiers jours.
Aujourd’hui, l’objectif est de réhabiliter
toutes les zones de pêche à la senne de la région
d’Ampara. Grâce à une assistance technique
pointue, nos plongeurs sont devenus experts dans le repérage
des débris et le renflouage des plus grosses épaves.
Les agglomérats de briques, cols de puits, morceaux de
bateau rassemblés en dehors du rayon d’action des
sennes constitueront des récifs artificiels, supports de
vie marine qui attirent déjà poissons… et
pêcheurs !
Contact avec les pêcheurs
Ainsi, les équipages de Karaithivu et Pandiruppu ont déjà
répondu à l’appel de la mer. Hameed, lui,
qui sous son chapeau de paille repère les bancs de poissons
comme personne depuis la plage de Kalmunaï, se tient prêt.
Sa zone de pêche est à présent nettoyée
et son équipage reçoit demain de quoi reconstruire
son filet…. Quelques semaines de travail seront nécessaires
avant le grand jour.
A chaque fois, c’est toute une communauté qui retrouve
vitalité et confiance dans l’avenir. »
« Le centre est d’autant
plus utile que la zone est insalubre. »
En septembre, Jean-Arnaud, responsable géographique
pour le Sri Lanka et l’Indonésie, s’est rendu
sur les missions de SOLIDARITES. Dans les villages dévastés,
il a pu se rendre compte sur le terrain des progrès réalisés
par l’aide humanitaire. Il livre ici ses impressions et
la rencontre qu’il a faite avec un chef de village indonésien
et une vieille dame, seule rescapée de sa famille avec
son petit-fils.
« Dans le village de Leung Keu Beu Jagat, situé
en bordure de la zone affectée par le Tsunami, SOLIDARITES
réhabilite un petit centre de santé, appelé
ici un Putsu. Le village s’étend le long d’une
piste que nous parcourons pour rejoindre le centre. La plupart
des gens qui vivent ici sont de petits cultivateurs (riz, cacao,
légumes, etc.) qui pratiquent agriculture et pêche
vivrières. Tout le long de la route, nous sentons l’odeur
aigre des cosses de cacao qui sèchent, étalées
sur des bâches de plastique, devant les maisons.
Jusqu’aux récents accords de paix entre le GAM et
le gouvernement, cette zone était le théâtre
de fusillades régulières entre les rebelles et l’armée.
Le médecin et les infirmières du Putsu avaient déserté
les lieux et le centre était tombé en désuétude,
obligeant les villageois à parcourir, par leurs propres
moyens, plus de dix kilomètres pour rejoindre le centre
de santé le plus proche, situé dans le village de
Alue Bilie.
Le chef du village, Sulaiman Teuku Arsyad, nous rejoint lorsque
nous arrivons au Putsu. Il exprime sa reconnaissance à
SOLIDARITES pour son action qui permettra d’assurer un support
médical communautaire pour les premiers soins aux 146 familles
du village, parmi lesquelles figurent une vingtaine de familles,
réfugiées ici, et qui ont tout perdu après
le passage de la vague.
Le centre est d’autant plus utile que la zone est insalubre.
Dans cette forêt côtière, l’eau est omniprésente,
et la nappe phréatique affleure ça et la en poches
marécageuses qui se transforment en cloaques aux alentours
des maisons. La malaria, selon, Sulaiman, frapperait 30% des familles
et la quasi-totalité de la communauté, à
commencer par les enfants, sont victimes de diarrhées.
Le chef est heureux : ici, SOLIDARITES est la seule ONG qui intervient.
Car l’aide internationale semble s’être limitée
au périmètre exact du passage de la vague.
Plus loin, nous rencontrons Habiba et son petit fils, derniers
survivants d’une famille de sept personnes. Habiba est sur
le seuil de sa maison, occupée à nettoyer une gamelle
de riz lorsque nous la rencontrons… En nous voyant arriver,
son visage s’éclaire et après de brèves
présentations, elle raconte son histoire. Elle a perdu
son mari et cinq autres membres de sa famille. Son petit fils
Zuljikar est avec elle le seul survivant du raz de marée.
Depuis quelques semaines, il va à l’école
du village, réhabilitée par SOLIDARITES.
Habiba et Zuljikar font partie des 99 familles pour qui SOLIDARITES
a fabriqué des latrines individuelles, leur permettant
de retrouver des conditions d’hygiène sanitaire décentes.
Nous sommes frappés par la dignité et de cette vieille
dame et de cet enfant qui sourient dans l’épreuve.
»